Vérité – Humilité – HumanitéBurundi : L’incompétence au pouvoir, une jeunesse instrumentalisée pour sauvegarder un régime en déclin
Le Burundi, plongé dans une crise profonde depuis des années, fait face à une gouvernance marquée par l’incompétence et la violence. Sous la houlette du parti CNDD-FDD, au pouvoir depuis 2005, le pays s’enlise dans la pauvreté, la corruption et la répression. Mais au-delà de ces maux endémiques, c’est l’instrumentalisation cynique de la jeunesse qui révèle le vrai visage d’un régime plus soucieux de sa survie que de l’avenir de la nation. À l’approche des élections de 2027, le président Évariste Ndayishimiye, présenté comme un réformateur, apparaît plutôt comme un politicien prisonnier de ses contradictions, manipulant les jeunes pour consolider son emprise.
Depuis son accession au pouvoir en 2020, Ndayishimiye a tenté de se distancier de l’héritage belliqueux de ses prédécesseurs, en promouvant une « Vision 2040-2060 » ambitieuse axée sur le développement et la réconciliation. Pourtant, la réalité est bien différente. Le pays reste l’un des plus pauvres du monde, avec une croissance économique anémique, une inflation galopante et des infrastructures en ruines. Les services essentiels comme la santé et l’éducation sont défaillants, tandis que les ressources naturelles – nickel, or et terres rares – sont pillées par une élite corrompue, sans bénéfice pour la population. Comme l’a si bien dit Isaac Asimov, « la violence est le dernier refuge de l’incompétent » : le régime recourt systématiquement à la répression contre les opposants, les journalistes et les défenseurs des droits humains, truquant les élections et bafouant les libertés fondamentales.
Au cœur de cette incompétence se trouve l’instrumentalisation de la jeunesse, incarnée par les Imbonerakure, la ligue des jeunes affiliée au CNDD-FDD. Présentés comme un mouvement d’émancipation, ces groupes ont été transformés en milices supplétives, dénoncées par des rapports onusiens pour leurs exactions et leur militarisation. Au lieu de valoriser la jeunesse par l’éducation, l’emploi et l’innovation – comme le ferait un véritable homme d’État – le régime l’utilise comme outil de contrôle et de surveillance. Cette génération, promise à un avenir radieux, est sacrifiée sur l’autel du maintien au pouvoir, devenant des « soldats du parti » reconvertis en « entrepreneurs du régime » via des programmes comme le PAEEJ (Programme d’autonomisation économique et d’emploi des jeunes) et la BIJE (Banque des jeunes). Ces initiatives, loin d’être structurantes, servent de canaux de clientélisme politique, achetant une paix sociale fragile sans créer de valeur durable.
Sur le plan économique, le mirage des richesses minières est brandi comme une solution miracle, mais la gestion opaque et l’absence d’infrastructures énergétiques ou de transparence révèlent un fossé abyssal entre discours et réalité. L’inflation étrangle les citoyens ordinaires, tandis que le régime multiplie les annonces incantatoires pour masquer ses échecs. Militairement, l’engagement raté en République démocratique du Congo (RDC) aux côtés du président Félix Tshisekedi a coûté cher : des soldats burundais rentrent dans des cercueils, sapant le moral des troupes et révélant l’absence d’une doctrine de défense autonome. Au lieu de renforcer la souveraineté, cette intervention sert de troc diplomatique, sacrifiant des vies pour des alliances précaires.
Ajoutez à cela une rhétorique anti-rwandaise obsessionnelle, où le président Paul Kagame est érigé en bouc émissaire de tous les maux – insécurité, instabilité économique, dévaluation du franc burundais. Cette posture belliqueuse, loin d’être une stratégie régionale, masque les échecs internes : fermeture des frontières, tensions diplomatiques et propagande hostile isolent le Burundi, pénalisant les commerçants et les citoyens ordinaires. C’est une fuite en avant politique qui privilégie la confrontation à la stabilisation.
À deux ans des élections de 2027, le CNDD-FDD maintient un contrôle étroit sur l’appareil politique, rendant la candidature de Ndayishimiye à un second mandat quasi inévitable. Pourtant, cette solidité apparente cache une fragilité profonde : un volcan social prêt à exploser, alimenté par le décalage entre les slogans grandiloquents sur l’avenir et la dureté du quotidien – pénuries de carburant, électricité intermittente, monnaie dépréciée. Le citoyen burundais s’interroge sur son prochain repas, tandis que le président évoque des horizons lointains.
Le bilan de Ndayishimiye est celui d’une promesse inaboutie : présenté comme un bâtisseur, il s’est révélé gestionnaire d’un système clanique, priorisant la survie partisane au salut national. Son incapacité à se hisser au rang d’homme d’État – pensant à la prochaine génération plutôt qu’à la prochaine élection – condamne le Burundi à un crépuscule des illusions. Si le régime persiste, ce sera moins par adhésion populaire que par absence d’alternative crédible. Mais l’histoire est implacable : les mirages finissent par se dissiper, et le réveil peut être brutal.
Il est temps pour les Burundais de réclamer un changement, de rejeter cette incompétence au pouvoir et cette manipulation de la jeunesse. Le pays, riche en potentiel, mérite un leadership transparent et visionnaire pour tourner la page d’un régime violent et inefficace, et embrasser un avenir plus juste et prospère.
Par Olivier Ndayisenga alias Kiradodora
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